
10/10/06 - La France accusée de sous-traiter ses autistes
La France accusée de sous-traiter ses autistes
(c) Le Web L'humanité
Santé . Une association porte plainte pour discrimination à l’égard des autistes. Elle accuse l’État d’organiser l’exil d’enfants en finançant des structures en Belgique.
« Accepterions-nous que toutes les personnes atteintes du sida soient dans des lieux occupationnels en attendant que l’État prenne des décisions ? » interroge un peu vertement l’association Léa pour Samy - La voix de l’enfant autiste. C’est pourtant, selon elle, ce qui se passe en France pour des milliers d’enfants autistes. Une situation indigne qui a conduit cette organisation à déposer une plainte contre X pour discrimination. « Tous les enfants autistes français n’ont pas les mêmes chances, explique-t-elle. Ils ne peuvent donc tous bénéficier d’une prise en charge adaptée. »
Démission des pouvoirs publics
Derrière cette mise en accusation directe de l’État, Léa pour Samy dénonce tout d’abord le manque de transparence concernant la prise en charge des enfants sur le territoire belge. « La France finance des structures en Belgique sans s’inquiéter de l’emploi de ces fonds ni du sort des enfants », reproche Emmanuel Ludot, avocat de l’association. En effet, ni l’IGAS ni la Cour des comptes ne parviennent à évaluer ce que coûte cette politique aux contribuables. De plus, pour être allé sur place, M’hammed Sajidi, président de Léa pour Samy, met en doute la qualité des institutions belges : « des garderies » « sans projet pédagogique individualisé » et appliquant parfois des « traitements médicamenteux » suspects. Sans parler du problème de l’hébergement que les parents doivent régler sur place. Pour ce père d’autiste, cette délocalisation révèle la démission des pouvoirs publics français face à l’investissement que nécessiterait une politique en adéquation avec ce qu’est véritablement l’autisme. Et ralentit, voire bloque, tout projet d’institution adaptée menée par les associations sur le territoire national. « Il n’y a aucun budget pour l’éducatif, soulève le responsable associatif. L’État favorise la prise en charge psychiatrique car il y trouve un intérêt avant tout financier... »
Autre motivation au dépôt de plainte : l’approche psychiatrique de l’autisme par les autorités françaises. « On colle à l’autisme l’étiquette de maladie mentale, ce qui conduit les enfants dans un circuit d’enfermement », reprend maître Ludot. Alors que l’Organisation mondiale de la santé classe l’autisme comme un trouble envahissant du développement (TED), les classifications françaises des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA) continuent à l’assimiler aux psychoses infantiles précoces.
Les statistiques diffèrent
Une vision anachronique, cautionnée par le gouvernement dans une circulaire interministérielle du 8 mars 2005. Aux 100 000 cas officiels, l’association Léa pour Samy en estime 360 000. Une statistique semble lui donner raison : on estime aujourd’hui que plus de la moitié du public accueilli en hôpital de jour est composé d’enfants autistes non diagnostiqués. « La recherche française fait pourtant des avancées importantes sur cette question, affirme M’hammed Sajidi. Mais personne n’en parle et l’État ne les prend pas en compte. »
Ludovic Tomas
http://www.humanite.presse.fr/journal/2 ... -09-838265